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Rencontre avec la fosse
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Eireann Séafra
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Message Posté le : 20/01/2009 03:00:56    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant







La chambre est froide, sombre et silencieuse.

Le peu de lune qui parvient à passer outre la crasse gelée de la lucarne éclaire une souillarde telle qu'il en existe encore tant dans ce siècle de progrès dont se gargarisent les bourgeois. Les murs suintent de cette humidité continuelle qu'aucune chaleur ne serait capable d'effacer complètement - s'il n'était évident que la chaleur n'est de toute façon pas dans les moyens de son occupante. Sous le rai de lumière pâle, une chaise bancale jouxte la petite table sur laquelle s'étiolent une bouteille de gin ouverte et une miche de pain. L'odeur qui se dégage de l'ensemble pourrait évoquer aussi bien un placard fermé depuis des années qu'un caveau fraichement ouvert. C'est douceâtre, écœurant - c'est la misère. Et dans le coin opposé, sur un grabat miteux, une petite forme recroquevillée remue vaguement.

Rien ne trouble le silence, pas même le bruit ténu d'une respiration.

Derrière les paupières closes d'Eiréann, ses yeux s'agitent sporadiquement. Ramenés devant son visage, ses petits poings sont crispés ; ses genoux tremblent. Elle rêve, et cela n'a rien d'agréable.

*Enfant...*

Le visage blême de l'adolescente est tendu par l'angoisse.

*Faible souveraine d'un siècle débile...*


Sur l'écran de ces yeux fermés, un regard bleu la poursuit, hypnotique.

*Tu les chasseras, enfant. Tu seras le faucon d'un royaume de rongeurs.*

Elle gémit ; ses lèvres bougent de façon convulsive.

*Je leur donne ce qu'ils ont mérité. C'est la lie de leur temps qui se repaîtra de ce sang anémié qui croit avoir vaincu la nuit. Et je rirai, oh comme je rirai, de te voir danser sur leurs tombes...

Je rirai... Je rirai... Je rirai...*


L'adolescente se sent presque soulagée, quand un hurlement déchire le silence, noyant enfin ce rire dément. Elle se dresse sur sa couche, griffant l'air froid de ses mains, dans sa détresse pathétique. Le contact des mèches qui effleurent ses joues l'affole ; elle se débat, cherche à fuir le cri infâme - avant de réaliser, bouleversée, que c'est elle qui le pousse.
Gémissant sourdement, Eiréann se tasse sur elle-même, cherchant à disparaître dans le mur suintant. Pendant un bref instant d'éternité, elle regarde autour d'elle et ne reconnait rien. Elle prierait, si elle en était capable, et regrette soudain de toute son âme de ne le pas pouvoir. Tout son corps est secoué de sanglots secs qui lui arrachent la gorge.

Cela dure un moment ; une heure peut-être, ou un siècle. Puis peu à peu, Ann reprend conscience de ce qui l'entoure et de qui elle est. Mais cette angoisse qu'elle ne comprend pas continue de lui serrer le cœur.

"Oh Seigneur..."

Sa voix est rauque, douloureuse. Elle secoue la tête, faisant voler en tous sens ses mèches rousses. Ses mains tremblent ; elle les regarde comme si elle ne les reconnaissait pas.

"Bon Dieu, mais qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qui m'arrive, putain ?"


Ce son balbutiant qui qui sort de ses lèvres lui donne soudain la nausée. S'arrachant aux couvertures froissées, elle tente de se lever, y arrive presque... et retombe. Se mordant les lèvres pour ne pas gémir, Ann persévère. Il lui semble, sans qu'elle sache pourquoi, que céder maintenant la condamnerait. Finalement, mi-marchant mi-rampant, elle parvient à se trainer jusqu'à la table. Ses mains tâtonnent un moment avant d'atteindre leur but, se refermant enfin sur le goulot de la bouteille.
Le gin lui brûle la gorge ; elle étouffe, tousse, en recrache une partie, mais s'acharne et réussit à avaler une longue lampée avant de s'écrouler à nouveau sur le sol. Dans un brusque effort, elle s'adosse à la table et abandonne la lutte. L'alcool lui clarifie les idées et l'aide peu à peu à retrouver son calme. Serrant les poings pour contenir les tremblements, l'adolescente s'attache à respirer calmement, régulièrement... avant de se rendre compte dans un brusque élan de panique que ce qu'elle fait est complètement artificiel et n'apporte à son corps rien dont il ait besoin !

Sous le choc, Eiréann se mord la paume pour ne pas hurler - et c'est là qu'elle réalise deux choses. Fait numéro un, le sang ne coule pas de sa chair entamée. Fait numéro deux, les marques qu'elle aperçoit sur son poignet sont la brutale explication du fait numéro un. Quelque chose - quelqu'un ? - l'a littéralement vidée de son sang.

Elle est morte.

Et pourtant, elle vit.

Comme une somnambule, Eiréann porte lentement les mains à son visage et s'enfonce les ongles dans les joues qu'elle lacère profondément, le regard fixe. Choquée au delà des mots. La douleur pourrait bien appartenir à quelqu'un d'autre et ses ongles glisser sur du verre, pour ce que la chose l'intéresse.

Et c'est avec un intérêt détaché qu'elle perçoit enfin les pas dans l'escalier.
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"I am no bird; and no net ensnares me. I am a free human being with an independant will,
which I now exert to leave you.
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Message Posté le : 20/01/2009 03:00:56    Sujet du message : Publicité

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Alessandro Valentini
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Message Posté le : 21/01/2009 01:32:00    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant

Il cherchait Xylia.
Comment expliquer autrement sa présence en un tel lieu ? Xylia la fillette étrange dont l’image le poursuivait étrangement. Ce n’était pas à cause de son sang... jeune, vif, exaltant, pourtant... Non ce n’était pas cela. Ni le souvenir de l’odeur tiède de ses cheveux. Ce n’était pas non plus... Peut-être était-ce cette voix ténue, ce souffle étonnant tout près de son oreille. Vous êtes mort alors ?... Depuis longtemps ? Trop longtemps, petite demoiselle, beaucoup trop pour me rappeler la sensation de cette minuscule flamme de vie qui bat encore en toi...
Il se rappelait son odeur et il la cherchait. Pour parler, tout raconter peut-être. Poserait-elle des questions ? Elle était si curieuse... Mais pour l’instant, les quartiers pauvres de Londres refusaient de lui livrer le secret de sa présence. Son esprit était inaccessible, le son de sa voix inexistant... Puis soudain, un cri.

Alessandro se figea, silhouette dégingandée et vêtue de noir, immobile au milieu de la rue. Un ivrogne le heurta, se retint aux pans de son manteau, grommela deux trois insultes. Puis le contourna finalement en frissonnant une fois que les yeux noirs et morts se furent posés sur lui. Ce cri... personne ne l’avait entendu, pas ici en tout cas. Trop loin... et c’était un cri qui contenait une souffrance qu’un être humain ne pouvait pas comprendre. En outre...

Il tourna les talons et s’engagea dans une rue perpendiculaire. C’était une sensation qu’il connaissait trop bien, une ancienne sensation, et pourtant inoubliable. D’ici, à dix rues de l’épicentre du cataclysme, il pouvait percevoir comme une explosion de terreur... de vie, de mort, et de désespoir. Arrachement... naissance. Ca sentait le vampire nouveau-né, avec quelque chose d’anormal néanmoins, de suffisamment étrange pour le détourner de ses objectifs. Par ici, l’odeur âcre de la pauvreté devenait plus forte. Il s’enfonçait dans des bas-fonds tels qu’il n’en avait jamais fréquentés, même du temps de sa propre déchéance... et ne fut de fait guère étonné que ses pas ne s’arrêtent aux abords d’un bordel. Quel vampire pouvait être assez fou pour venir donner naissance en un tel lieu ? Impossible de le savoir. Dans cette mansarde sordide du dernier étage, dont il fixait intensément la fenêtre depuis quelques secondes, il n’y avait qu’un seul vampire... un vampire à peine né. Seul ?

Se glisser dans la bâtisse sans être vu ne lui causa guère de souci. Une minute plus tard, il gravissait lentement les escaliers, sans savoir vraiment ce qui le poussait dans cette direction. Il ne se souciait jamais des agissements des membres de sa race, pas à moins d’y être absolument obligé. Il y avait des habitudes qu’il valait parfois mieux ne pas changer.

L’odeur du sang était faible... Les pas se firent plus rapides dans les escaliers. Silence. La porte s’ouvrit doucement, et se referma sans un bruit. Silence. Ca ne dura qu’une seconde, mais Alessandro eut l’impression que cette seconde s’étirait à peu près sur la totalité des trois siècles qu’il avait vécu.
Sa peau était presque bleue, glacée, son regard mort, ses mains... Divers parfums émanaient de sa chair : la fragrance sinistre de la mort, l’odeur rance de la pauvreté, l’arôme incertain de la jeunesse. Etrange poupée brisée... En un éclair, il fut à genoux auprès d’elle, et ses mains se refermèrent autour des poignets de l’adolescente, sans qu’il ait besoin de forcer pour les écarter de son visage lacéré. Les blessures ne se refermaient pas d’elles-mêmes, évidemment... elle n’en avait pas encore la force. Plongeant ses yeux noirs dans les siens, il glissa un bras derrière les épaules maigres de la jeune fille et, d’un mouvement rapide, mordit son propre poignet, faisant goutter quelques perles de sang sur ses lèvres blêmes. Du sang tiède sur cette peau glacée de cadavre : sa dernière victime ne remontait qu’à quelques heures tout au plus. Il approcha la plaie suintante du visage de la fillette.

« Bois... » Un murmure presque affectueux, une voix un peu rêche. « Bois vite, il le faut si tu veux vivre, petite fille... »

Son propre sang. Elle avait déjà dû boire celui de son créateur, des heures... des jours peut-être auparavant. Ainsi elle serait un peu sa fille. Sa fille ? Imbécile ! Ce n’était qu’une idée stupide qui venait de lui traverser l’esprit, pourquoi s’encombrer d’une gamine inconnue ? Il ne l’avait pas faite, elle était le choix d’un autre que lui... un autre qui l’avait créée puis livrée à une mort quasi-certaine. Quelque chose qui aurait pu être de la rage aiguillonna l’esprit du vampire. Dégénéré... Toutes les machines et toutes les technologies de l’ère industrielle ne pourraient venir à bout de cette bestialité. Et cet endroit... Il balaya rapidement la pièce du regard. Etait-elle venue trouver refuge ici dans un ultime réflexe de survie ? Non... chaque objet était imprégné de son odeur et de ses souvenirs. Elle était bien d’ici, de ce milieu... comme Xylia. Il ramena ses yeux sur elle, non sans se maudire mentalement pour un tel rapprochement. Cela ne voulait rien dire... il lui apprendrait les bases, ce qu’il fallait pour qu’elle survive, et ensuite... ensuite il verrait. Pour l’instant il fallait qu’elle boive, pour que ses blessures se referment, que son cœur se remette lentement à battre et propulse le sang neuf dans son organisme. Doucement, il fit glisser un filet de sang entre ses lèvres entrouvertes, sans paraître éprouver la moindre douleur.

« Très bientôt tu découvriras le monde tel que tu ne l’as jamais imaginé. Ses splendeurs, ses parfums, ses musiques... c’est un nouvel univers qui fleurit pour toi ce soir, plus intense, plus... exaltant. N’aie pas peur... Il n’y a plus rien à présent qui puisse te blesser. »

... Paroles traîtresses prononcées par Charles tandis que de violents spasmes agitaient son corps moribond, sous le regard trop calme du blond vampire. Le goût métallique du sang avait envahi sa gorge et troublé son esprit ; il s’était laissé réconforter par les sensations délirantes qui l’avaient gagné peu à peu. Les sons, les odeurs, les choses les plus vils avaient fait naître en lui un sentiment d’exaltation tel qu’il n’en avait jamais connu auparavant. Puis il avait détesté Charles, détesté de toute son âme, au point de vouloir le... détruire.
Calmement, sa main libre caressa la chevelure courte de la jeune fille. Sa voix tout comme ses gestes savait agir sur les esprits fragiles, pour apaiser et séduire, et il psalmodiait inlassablement quelques phrases en Italien, un étrange sourire aux lèvres. Tout va pour le mieux...
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Eireann Séafra
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Message Posté le : 23/01/2009 17:00:37    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant

Il pénètre dans la pièce, et le monde explose.

La couleur de ses vêtements, la sombre luminescence de son regard, le bruit de tonnerre de son souffle emplissent l'esprit embrumé d'Ann et y dressent comme la structure titanesque d'une cathédrale de verre. C'est étrange, c'est irréel ; pourtant, paradoxalement, c'est aussi un niveau de conscience plus profond. Tout en elle tournoie, l'emporte jusqu'à la nausée, mais elle perçoit le sens caché derrière cette bacchanale de sensations, la vérité insondable de cet être qui lui fait face. Elle a l'impression de le saisir en son entier, de le voir comme jamais elle n'a vu qui ou quoi que ce soit. Ses mouvements signent des traces invisibles dans l'air et elle voudrait fermer les yeux pour échapper à cette saturation de ressenti qui menace de la rendre folle ; mais elle les ouvre pourtant bien grands, douloureusement, avide de savoir, avide de sentir encore...

Soudain, elle réalise. Elle a déjà ressenti cela, ou du moins une infime partie. Oui... Elle en est sûre, à présent...
Ce qu'elle est en train de vivre s'appelle l'ivresse. Elle est ivre, plus que jamais.
Reconnaitre cet état familier, la rassure un peu.

D'un seul mouvement fluide, il est près d'elle ; son bras l'enserre. Elle lève le nez vers lui, fascinée par l'opalescence de sa peau, par les vibrations infimes de ses cils. Il sent comme du métal froid saupoudré de cendres ; elle comprend que cette odeur pourrait suffire à la distraire des années durant. L'être parle, et elle laisse ses mots pénétrer en elle tels quels, refusant de les gaspiller en cherchant à les comprendre. Elle les trouve bien plus beaux comme ça.
Puis il pose son poignet sur ses lèvres et fait couler dans sa gorge quelque chose qu'elle identifie aussitôt -sans pour autant le reconnaitre.
Et brusquement, un choc la secoue, faisant se tendre son corps frêle comme sous l'impact d'un éclair. Ann connait le goût du sang, plutôt trop bien d'ailleurs ; mais comment aurait-elle pu imaginer la luxuriance de cette saveur, la palette infinie de nuances qui s'y déploient... ?

Le temps suspend son cours, l'instant se fait éternel.
Sur le petit cinéma des paupières closes de l'adolescente se joue une débauche de feux d'artifice. Elle se noie, et c'est sublime.

Enfin, un monde plus tard, elle détache ses lèvres de la plaie et la contemple, les sourcils froncés, incompréhensive. Alors qu'elle s'habitue aux nouveaux mécanismes de sa perception, la conscience de ses actes lui revient. Il faut bien avouer que rien de sa vie passée ne l'avait préparé à ça !
Pourquoi diable était-elle... en train de téter du sang ? Mais qu'est-ce qui avait bien pu lui prendre... ? Et d'ailleurs...

Réalisant qu'elle est dans les bras de ce qui ressemble fort à un homme, Eiréann se rejette brutalement en arrière, montrant les crocs comme un petit animal. Et quand elle parle enfin, sa voix, qui a retrouvé toutes ses nuances cockney, brise rudement le charme.

"Bon Dieu, mais t'es qui toi ?"
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Alessandro Valentini
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Message Posté le : 28/01/2009 22:55:14    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant

Ah, le goût du sang, l’odeur du sang, provoquent toujours de tels délires sensoriels...
Alessandro resserra légèrement son étreinte autour des épaules minces de la jeune fille, sans quitter des yeux ce pâle visage agité de trop d’émotions. La voilà qui pressait avec avidité ses lèvres contre la plaie à vif de son bras, aspirant un peu trop vite le liquide encore tiède. La mâchoire du vampire se crispa sensiblement : à mesure qu’elle buvait, elle reprenait des forces, mais lui se sentait faiblir peu à peu, et ce n’était guère agréable. Inhabituel... cela faisait des siècles à présent que plus personne n’avait goûté à son sang, et la dernière morsure avait été si différente ! Désormais ce n’était plus qu’une petite cicatrice à la base de sa gorge, mais il crut un instant la sentir pulser faiblement, rappel lancinant de sa propre mort...

Il dissipa ses pensées d’un mouvement de tête, et envisagea de repousser l’adolescente, qui avait probablement plus qu’assez bu. Mais celle-ci s’écarta d’elle-même, ce qui l’étonna et le déçut peut-être une seconde, stupidement. Il se souvenait encore de l’acharnement qu’il avait eu à boire et de la force qu’il avait fallu à Charles pour lui faire finalement lâcher prise. Qu’elle renonce si vite n’était pas la preuve d’une grande motivation ! Néanmoins, il la laissa se reculer, sans rien dire comme elle semblait retrouver lentement ses esprits. Ses murmures s’étaient tu depuis un moment, dès l’instant où elle avait paru déconnectée de toute réalité, et elle semblait si éteinte jusque là qu’il se laissa surprendre comme un bleu lorsque, dans un soudain éclair de vivacité, elle se rejeta en arrière et échappa à son étreinte, souple et animale.

Haussant un sourcil, Alessandro se redressa lentement sur un genou, tiré une bonne fois pour toute de ses songeries par l’accent pour le moins déplorable de la fillette. Un accent qu’il trouva pourtant aussi vif que coloré, presque intriguant. Un sourire énigmatique naquit sur ses lèvres pâles.

« Certainement pas le Bon Dieu en tout cas... » commenta t-il d’une voix pareille à un froissement de soie avant de se lever. Il lui adressa un profond salut, peut-être un brin ironique mais rien ne le disait à part une étrange étincelle dans son regard sombre. « Alessandro Valentini, pour vous servir... je suis de la même race que vous. Je suis là pour vous aider. »

Pour preuve, il lui tendit une main, dévoilant par la même occasion son poignet à présent vierge de toute blessure, de même que l’était le visage de la jeune fille, lacéré quelques minutes auparavant. Il doutait qu’elle accepte cependant : elle n’était encore qu’une enfant incapable de dissimuler ses émotions, et ses pensées étaient aussi claires que de l’eau. En particulier, il devinait sans mal cette sorte de répulsion qu’il lui inspirait d’office, presque instinctivement. Dommage... Mais tant qu’elle serait si faible il ne serait pas difficile d’user de ses charmes vampiriques pour la convaincre. Il sourit à nouveau, mais la situation semblait pourtant ne lui inspirer qu’un amusement limité, si l’on en croyait un imperceptible froncement de sourcils.

« Celui qui vous a faite ainsi n’aurait jamais dû vous abandonner si vite. Pour l’instant vous êtes aussi vulnérable qu’un enfant qui vient de naître, et il vous serait impossible de survivre seule, du moins jusqu’à ce que vous ayez appris à vous servir de vos... dons. C’est pourquoi je suis là. Mais savez vous au moins ce qu’il vous arrive, au fait ? »

Le comprendre, l’admettre... n’était pas si facile. Lui en revanche comprit et admit très vite qu’il parlait beaucoup trop et se tut, malgré la tentation imminente d’une nouvelle tirade.
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Eireann Séafra
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Message Posté le : 28/01/2009 23:00:22    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant

Il a raison : Ann manque de motivation.

Bien qu'elle sente déjà son corps réclamer encore plus de sang, l'adolescente lutte contre ce besoin. Elle sait à présent que le fluide qui coule dans les veines de cet homme lui est vital ; mais ce qui reste en suspens dans sa tête, c'est la valeur qu'elle accorde maintenant à cette... vie. Toute son existence, chaque instant de chaque jour pourri que le Créateur a laissé couler sur sa tête, Eiréann s'est battu pour survivre. Et voilà que ce combat a pris fin ; elle l'a perdu. C'était une possibilité, la plus probable étant donné son milieu, elle en a toujours été consciente.
Sauf qu'elle est toujours là, ce qu'elle n'est pas bien sure d'apprécier.

Or elle pressent que cet homme face à elle, ce dandy qu'elle apostrophe violemment, est une des clés de la situation. Il va donc de soi que si elle doit mordre quelqu'un, faire payer quelqu'un...

«Certainement pas le Bon Dieu en tout cas... Alessandro Valentini, pour vous servir... je suis de la même race que vous. Je suis là pour vous aider. »

Instantanément, Ann décide qu'elle abhorre cette voix raffinée et narquoise. C'est donc avec un regard noir et un rire insultant qu'elle rétorque :

"La même race ? Et tu comptes faire croire ça à qui, hein l'aristo ? Moi quand j'te regarde, j'vois rien qui me r'ssemble."

Pourtant, à la seconde où les mots sortent de sa bouche, elle réalise qu'ils sont faux. Le rouge qu'elle sent lui monter au visage l'énerve, et la gamine persifle :

"J'les connais, les gaziers dans ton genre, et y'a pas à tortiller : t'es qu'un..."


La voix cultivée lui cloue sereinement le bec, renvoyant sans pitié dans les limbes ce qui s'apprêtait à en sortir. Elle serre les dents... mais se tait, et écoute.

« Celui qui vous a faite ainsi n’aurait jamais dû vous abandonner si vite. Pour l’instant vous êtes aussi vulnérable qu’un enfant qui vient de naître, et il vous serait impossible de survivre seule, du moins jusqu’à ce que vous ayez appris à vous servir de vos... dons. C’est pourquoi je suis là.»

Celui qui l'a faite ? Son père, quoi ; pourquoi faut-il toujours que ces satanés bourgeois compliquent tout, avec leurs phrases à rallonges ? Ils aiment donc tant s'écouter parler, qu'ils aient besoin de plus de mots que les gens normaux pour dire la chose la plus simple ?
Et puis, son père, encore faudrait-il qu'elle sache qui c'est !

"J'le connais pas, mon vieux. Il m'a balancé quand j'étais qu'une môme, si vous voulez tout savoir."


Sans en avoir conscience, elle vouvoie à présent son interlocuteur.

"Alors j'crois bien qu'on peut dire ça, oui, qu'il a pas fait tout comme il aurait du. Mais pour c'qui est de survivre seule et tous ces trucs d'enfant qui vient de naître là, ben faites excuse mais y m'semble que j'me suis pas mal débrouillée jusque là ! Et puis mes dons... (Les deux canines qu'elle dévoile affutent son sourire ironique.) on en reparlera quand vous serez sûr que tout c'qui était dans vos poches y est encore."

« Mais savez vous au moins ce qu’il vous arrive, au fait ? »


Euh... Non.
En fait, elle n'en a aucune idée.
Aussi, boudeuse, refusant d'admettre son ignorance devant le dandy, Ann hausse ses maigres épaules et détourne le regard.
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Alessandro Valentini
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Message Posté le : 11/02/2009 20:14:18    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant

« C’est bien ce qu’il me semblait. »

Il l’avait bien vite deviné tandis qu’elle faisait sa petite diatribe, totalement à côté de la plaque. Alessandro ne se souciait certainement pas du paysan qui avait pu engendrer cette gamine il y a de cela quinze ans, et encore moins de ses petits talents de voleuse. Pourtant, un maigre sourire était apparu malgré lui sur ses lèvres pâles. Ses poches, hein ? Oui, il était certain de leur contenu... En matière de dextérité et de rapidité, elle était bien loin de pouvoir prétendre l’égaler... pour le moment. Pour preuve, il fit un pas.

Et se retrouva juste derrière elle, tout près, enserrant ses poignets frêles de ses longues mains froides. Mais ce fut par pure provocation qu’il effleura ses cheveux du bout des lèvres, goûtant au parfum confus de sa tignasse rousse, avant de murmurer contre son oreille :

« Regardez... respirez... écoutez. Vous voyez comme vos sens sont différents ? Plus puissants. Et pourtant vous n’avez pas eu le temps de me voir me déplacer, pas plus que vous n’avez encore la force de lutter contre moi. Vous êtes morte. Vous le savez n’est-ce pas ? Mais l’être qui vous a mordu il y a quelques nuits de cela vous a ramené à la vie sous une autre forme, peut-être plus puissante. Un vampire. »

Il la lâcha et se détourna pour se poster à la fenêtre, ouvrant d’une main les volets clos. La lumière argentée de la lune envahit l’espace, et conféra à leur peau diaphane un aspect d’autant plus macabre.

« Pourtant, actuellement, vous êtes terriblement fragile. Un vampire nouveau-né ne peut survivre sans l’aide de son Sire durant ses premières années, et vous comprendrez vite pourquoi. Il est très facile de se laisser entraîner par l’extase que procure la découverte de sa propre force. »

Au fait, Sandro, au fait... ce n’est pas ingénieur qu’il aurait dû devenir, mais bien rédacteur de discours officiels. S’agaçant lui-même par tant de paroles, il eut un grand mouvement de bras un peu impatienté et tourna à nouveau ses yeux sombres sur la jeune fille, de plus en plus conscient, à mesure qu’il sondait son esprit buté, que l’idée qui naissait dans son esprit n’allait pas être si facile que cela à réaliser. Néanmoins, il eut un nouveau sourire, presque enthousiaste.

« Le plus important est déjà de vous apprendre à vous... nourrir, et à reconnaître et éviter les dangers qui vous menacent. Vos instincts vous guideront en partie, mais encore faut-il savoir comment interpréter les signes qu’ils vous donnent. »

Il inclina légèrement la tête dans sa direction :

« C’est pourquoi, si vous acceptez mon aide, je me ferais un honneur d’être votre humble chevalier servant, demoiselle ! »

A vrai dire elle n’avait absolument pas le choix, même si elle refusait certainement encore de l’admettre, mais il fallait l’avouer, il avait surtout eu envie de dire ça parce que ça sonnait bien. Croisant les bras, il attendit de fait qu’elle déchaîne à nouveau son hypnotique accent cockney.
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Eireann Séafra
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Message Posté le : 05/03/2009 22:52:03    Sujet du message : Rencontre avec la fosse Répondre en citant

La tête penchée sur le côté, un air enfin sérieux sur son visage mince, Eiréann écoutait. C'était trop fantasmagorique pour être faux ; il n'avait aucune raison de penser qu'elle le croirait, et pourtant il lui disait tout cela avec un naturel déconcertant. C'était parce qu'il avait raison : elle sentait le changement. Tous les pores de sa peau exsudaient sa nouvelle identité. Elle baissa les yeux, bougea les doigts. A nouveau leur mouvement traça une vapeur dans l'air ; pas tout à fait perceptible, pas réellement visible, plutôt l'empreinte d'une sensation.
Et la grâce de cette empreinte lui gonfla le cœur.

C'était elle, cette soie dans le vent ? Pouvait-elle vraiment être aussi parfaite ? Ou plutôt, cette perfection... était-ce encore elle ?

« Le plus important est déjà de vous apprendre à vous... nourrir, et à reconnaître et éviter les dangers qui vous menacent. Vos instincts vous guideront en partie, mais encore faut-il savoir comment interpréter les signes qu’ils vous donnent. »

Oui. Cela devrait attendre. Pour le moment, seule comptait la faim corrosive qu'elle sentait vibrer à la lisière de sa conscience. Elle devait se nourrir. Elle devait apprendre.

« C’est pourquoi, si vous acceptez mon aide, je me ferais un honneur d’être votre humble chevalier servant, demoiselle ! »

Ann eut un fin sourire. Elle faisait plus qu'entendre cette voix, plus que comprendre ces mots : elle sentait leur tessiture, caressait leur logique. Tout se passait comme si, regardant une œuvre d'art, elle voyait se dessiner devant elle chaque geste, chaque intention qui était à sa source. Quelqu'un avait sorti une enfant du caniveau, l'avait emmenée à la Tate Gallery et lui avait collé un pinceau dans la main en disant : "Vas-y, tu as tout ce qu'il te faut. Deviens Turner."
Et c'était vrai.

"Il n'y a d'honneur que là où le plaisir ne suffit pas, doux sire. Je ne crois pas que nous serons concernés."

Et d'un mouvement gracieux dans sa chemise en loques, le regard espiègle sous ses mèches raides, l'enfant aux genoux sales se déploya en une révérence parfaite.
Elle était prête.
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Message Posté le : 25/09/2017 10:51:42    Sujet du message : Rencontre avec la fosse

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